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Je parle couramment quatre langues.
Le Dioula, parlée dans la partie ouest du Burkina Faso, est ma première langue et la
deuxième langue parlée par mon père, qui avait pour langue maternelle le Turka.
Le Mooré, langue parlée dans toute la partie centrale du Burkina, est ma deuxième
langue et la langue maternelle de ma mère.
Le Français est ma troisième langue. Elle a d’abord été pour nous, langue du
colonisateur, le véhicule culturel et idéologique par excellence d’une domination
étrangère. Elle a été imposée comme langue officielle du Burkina Faso, donc parlée
dans tout le pays comme moyen de communication officiel, langue véhiculaire.
L’anglais est ma quatrième langue.
La langue est vecteur de communication entre les peuples. La langue véhicule
cultures, civilisations et richesses intellectuelles.
Dans le projet chorégraphique « J’ai perdu mon français » c’est l’aspect de
l’aliénation culturelle, domination intellectuelle et de l’oppression sociale et
économique que peut comporter la langue qui m’intéresse.
À l’époque où je suis arrivé nouvellement en France pour poursuivre mon parcours
artistique, je me faisais reprendre à chaque fois que j’ouvrais la bouche pour parler.
Qu’il s’agisse de collègues ou de rencontres, on riait de ma manière de prononcer les
mots, de ma façon de formuler, d’exprimer les choses, on me reprenait sur des
basiques même, que j’avais l’impression de connaître depuis ma naissance. Le jeune
homme bavard que j’étais lorsque j’ai quitté le Burkina est devenu muet pendant un
temps au contact de la société française. Me faisant corriger à chaque fois que
j’ouvrais la bouche, me sentant infantilisé, j’ai alors cessé de l’ouvrir. J’avais perdu
tout mon français. J’écoutais, j’observais, j’évitais de montrer quoi que ce soit.
Mais quand on n’ouvre pas la bouche son avis ne compte plus et on finit par ne plus
vous le demander. L’association est vite faite entre la langue parlée et la capacité
intellectuelle de l’individu, entre sa maîtrise de la langue et sa maturité…
Mais peut-on contourner la langue ? Le rapport, la rencontre peuvent-ils s’affranchir
de la langue ? Quand la parole va-t-elle à l’essentiel de la communication et touche
l’autre ? Quand la seule sonorité des mots peut-elle nous amener dans un monde
imaginaire ? Comment une langue qui nous est étrangère peut nous faire rêver et
nous toucher émotionnellement ? À partir de quand les mots ne comptent plus même
si on les entend ?
C’est de l’exploration de toutes ces questions qu’a découlé le choix de Kalpana
Raghuraman comme collaboratrice à ce projet chorégraphique.
Danseuse et chorégraphe indienne vivant en Hollande, elle fait une recherche sur les
danses mandingue d’Afrique de l’ouest et les connections possibles avec sa propre
danse, indienne et contemporaine.
Nous nous sommes rencontrés lors d’un séminaire de création et d’échange au
cours du festival Julidans à Amsterdam. Nos préoccupations et nos manière de
travailler respectives se sont trouvées. Nous avons à cette occasion amorcé un
travail sur la rencontre entre danse et parole et sans paroles, sur la confrontation de
nos langages artistiques faits de gestes et langues, générant un élan, une émotion
qui a saisi le public.
« J’ai perdu mon français » nous permettra de poursuivre ensemble cette recherche ,
avec la collaboration de Simon Winsé, muti-instrumentiste et vocaliste Burkinabé.
Serge Aimé
Coulibaly
Chorégraphie
et interprétation : Serge Aimé Coulibaly, Kalpana Raghuraman
Création
Musicale : Simon Winsé
Coproduction
: Faso
Danse Théâtre,
Les Subsistances de Lyon, Julidans / Borneoco, Doni Doni.
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