Et Demain

 
   
 

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Article paru dans la revue Mouvement du 15/ 04/ 2004
Un week-end au Burkina Faso et au Portugal

A Lille 2004, Serge-Aimé Coulibaly impose un nouveau visage africain, et Tiago Guedes cofirme son talent minimaliste.

Ouverture au Grand Bleu, avec la création de Et demain…, de Serge-Aimé Coulibaly. On insiste sur le lieu : le Grand Bleu fut longtemps un centre dramatique tourné vers le jeune public. Il en reste, côté salle, une atmosphère oxygénée, bruissante et décoincée, qui collait à merveille pour recevoir le travail d’un jeune chorégraphe encore tout neuf, dont on n’a sans doute pas fini de parler. […] Serge-Aimé Coulibaly s’est fait un peu tout seul, décidant de quitter le Burkina-Faso pour tenter la grande aventure d’une ouverture radicale à tous les courants de la création. L’équipée audacieuse de ce garçon plein de trempe, en perpétuelle ébullition artistique, l’a heureusement conduit à se faire remarquer par le chorégraphe belge Alain Platel. Et dès l’été 2004, il sera en création en Avignon au côté de Sidi Larbi Cherkaoui. […]
Et demain réunit donc une collection bigarrée de types très marqués, allant de Souleymane Porgo, danseur burkinabé resté au pays , à Simon John Rowe, venu de la danse classique sud-africaine aujourd’hui entrée en errance; enfin Bakambamba Elizabeth Tambwe, bombe féminine, professeur de danse africaine lilloise, typique de la diaspora noire.
Serge-Aimé Coulibaly se souvient avoir passé une bonne partie de sa jeunesse assis sur un muret de Ouagadougou, à refaire le monde en grand, et à bricoler le quotidien en petit, avec ses potes. Il a eu l’excellente idée de dresser ce mur de partage des mondes au milieu du plateau de sa pièce. On le saute, on l’escalade, on y marche sur les mains, on y fait des acrobaties. On se fracasse, on s’alanguit sur cette ligne de partage entre la révolte et le banal, l’étroitesse et l’immensité, la misère et le pardon. C’est à chaque fois un grand mouvement du corps où le destin collectif pourrait basculer. Peut-être au plus près de cette référence patrimoniale et mentale, Souleymane Porgo, un danseur secret, profond, économe, soulève tout un monde venu de loin, au moindre de ses gestes.
[…]

Gérard Mayen

 

Article paru dans Nord Eclair le 26 novembre 2004

« C'est comme ça dans les bons spectacles de danse contemporaine, on aime, on chavire, on y pense encore des heures après, mais sans savoir véritablement pourquoi, du moins sans pouvoir situer et pointer précisément la chose, le mot ou le mouvement à l’origine de cet agréable sentiment. « Et Demain… » mis en scène par Serge-Aimé Coulibaly et interprétée par la Cie Faso Danse Théâtre, fait partie de ces créations chorégraphiques aussi extra-terrestres qu’elles sont intelligentes. « Et Demain… » est portée vers l’avenir, et s’interroge sur les lendemains des peuples jadis et encore aujourd’hui meurtris. Pour certains, comme ceux du Rwanda, on parle carrément d’extermination. Sur scène, quatre danseurs, trois noirs et un blanc, se partagent un décor : deux caisses en bois, une corde à linge tendue au fond et…un muret.
C’est autour de cette frontière « symbolique » qu’ils se chicanent, se caressent, se frôlent, tentent de s’envoler (pour échapper et survivre) ou s’entre-tuent. Des scènes qui réveillent les souvenirs de la seule femme de la bande, celle sui au milieu de ces trois hommes, va un moment se sentir en danger, elle sui est forcément désirée mais qui ne demande rien d’autre qu’oublier. Chacun des personnages va un moment sentir une plaie saigner, ses gestes et déplacements tiennent alors su spasme. Chacun à un moment se cambre et se claque violemment la tête, déchaîné, comme si la danse des autres autour réveillait les douleurs pour finalement, après tout un ballet de convulsions modernes et tribales, les consoler, les panser. Ils se lovent, rampent et s’étreignent, surtout ils se rejoignent au sol, allongés, blottis l’un contre l’autre dans une position fœtale.
Ce n’est pas toujours le cas pour les créations de danse contemporaine, mais ici l’intrigue mystérieuse est un vrai régal. Pas besoin d’ailleurs de penser, on comprend tout de suite qu’il faut se laisser aller.

RT

 

 

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