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L'idée
de ce spectacle m'est venue à la lecture du livre dans
le nu de la vie de Jean Hazfelt : un ensemble de
témoignages sur le génocide au Rwanda.
Ce qui m'a surtout fait réagir, c'est la manière dont les
choses se sont passées : comment est-il possible que des gens tout
à coup attaquent et massacrent des personnes qu'ils côtoyaient
quotidiennement, avec qui ils cohabitaient depuis des années ?
Qu'est-ce qui a tout déclenché ? Quel est le seuil critique
où tout peut basculer ? Depuis longtemps je porte en moi cette
pièce qui interroge non seulement le passé, mais aussi l'avenir,
non seulement l'Afrique, mais aussi l'Europe et le monde.
Nous vivons
tous dans des sociétés dont les barrières d'exclusion
sont à la fois bien visibles et souterraines.
En Afrique,
le fossé se creuse entre des jeunes sans perspective, sans emploi,
privés du minimum vital, désœuvrés, qui passent
leurs journées à parler et une classe sociale et politique
dont la richesse ne cesse de s'accroître, des riches qui se retranchent
dans des zones résidentielles loin des bidonvilles surpeuplés.
En Europe,
les "cités" vivent d'une vie à part, coupées
du reste des villes. Les jeunes y sont aussi sans emploi et sans perspective,
sans accès (honnête) possible aux biens de consommation dont
regorgent publicités et émissions de télé.
De fait, la
société se coupe en deux en Afrique comme en Europe. Et
si un jour, les jeunes exclus et désœuvrés décidaient
de passer à l'attaque, de se révolter en masse contre un
ordre qu'ils ne reconnaissent pas, poussés par une influence extérieure,
un meneur capable de les rassembler ?
C'est cette question qui est au centre du spectacle (avec ses aspects
humains : l'ennemi n'est pas l'inconnu, mais celui qu'on voit tous les
jours).
J'ai basé le travail chorégraphique sur la rencontre. Rencontre
entre des personnalités aux expériences différentes
aussi bien dans leur danse que dans leur vie.
Rencontre entre l’espérance d’une musique africaine
des années 60 et la tension, à la frontière de la
violence, que porte la chorégraphie. Seul lieu : un mur, ligne
de partage entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. Un mur
abandonné, propice pour cela aux rassemblements d'individus sans
lien entre eux, hors de leur contexte de vie habituel.
C'est le lieu où tout peut arriver. Le spectacle est l'exploration
de tous ces possibles.
Serge Aimé
Coulibaly
Chorégraphie
: Serge-Aimé Coulibaly
Assistant à la Chorégraphie : Simon John
Rowe
Créé et dansé par : Serge-Aimé Coulibaly,
Souleymane Porgo, Simon John Rowe, Bakambamba Elisabeth Tambwe
Lumières : Boris Montaye
Son : Benjamin Collier
Coproduction
: Le Grand Bleu ENPDA en partenariat avec Lille 2004 Capitale
Européenne de la Culture
Avec le soutien de : Compagnie SALIA NI SEYDOU, Les ballets C
de la B, l’AFAA et la Ville de Lille
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